
Le message de votre soeur arrive en mars : faut-il faire quelque chose avant notre venue en juin ? C'est vous qui vivez ici, c'est donc à vous que la famille pose la question. Quelque chose a déjà changé aux frontières européennes, autre chose est attendu avant la fin de l'année, et les deux sont régulièrement confondus. Première bonne nouvelle : si vos proches sont français ou belges, presque rien de tout cela ne les concerne.
Le système d'entrée/sortie de l'Union européenne, l'EES (Entry/Exit System), est entré en service le 12 octobre 2025 et se déploie progressivement dans vingt-neuf pays européens. L'Espagne a commencé par les arrivées à Madrid–Barajas, puis a ajouté les frontières terrestres et maritimes au fil du déploiement, avec une mise en oeuvre complète à toutes les frontières espagnoles prévue pour le 10 avril 2026.
L'EES est un enregistrement biométrique à la frontière, et il ne vise que les ressortissants de pays tiers, c'est-à-dire non membres de l'Union. Il n'y a ni frais ni démarche préalable : ces voyageurs-là s'enregistrent à la frontière elle-même, à la place de l'ancien tampon sur le passeport. Vos proches français, belges ou suisses ne sont pas concernés : ils circulent librement.
L'ETIAS est tout autre chose : une autorisation de voyage demandée avant le départ, et qui, à l'heure où nous écrivons, n'est pas encore en service. Elle est attendue au dernier trimestre 2026, suivie d'une période transitoire d'environ six mois pendant laquelle les voyageurs seront encouragés à en détenir une sans y être strictement obligés. Le coût annoncé est d'environ 20 € par demande, avec des exemptions pour les demandeurs les plus jeunes et les plus âgés. Là encore, elle ne visera que les visiteurs non européens : un ami britannique, un gendre canadien. Prenez tout cela comme prévu et non comme confirmé : la date de lancement de l'ETIAS a déjà été repoussée plus d'une fois.
C'est le point que les guides écrits pour les expatriés britanniques rendent confus. Un citoyen de l'Union bénéficie de la libre circulation : votre mère qui vient de Lyon, votre frère qui arrive de Namur, peuvent rester en Espagne aussi longtemps qu'ils le souhaitent. Pas de quota de quatre-vingt-dix jours, pas de décompte glissant, pas de tampon. La seule contrainte au-delà de trois mois est espagnole et non frontalière : un citoyen de l'Union doit alors demander le certificado de registro de ciudadano de la Unión (le fameux « NIE vert ») et, s'il s'installe, s'inscrire au registre municipal, l'empadronamiento.
En revanche, vos invités non européens sont bel et bien soumis à la règle : quatre-vingt-dix jours sur toute période de cent quatre-vingts jours dans l'espace Schengen. La fenêtre est glissante, ce n'est pas un crédit qui se remet à zéro en janvier : à une date donnée, on remonte de cent quatre-vingts jours et on additionne chaque journée passée dans l'espace, jours d'arrivée et de départ compris. C'est là que les visiteurs réguliers se font piéger. Trois semaines à Pâques, cinq l'été et trois à Noël font environ onze semaines, et si les séjours se suivent de près, la fenêtre glissante peut mettre la réservation suivante en péril. Le décompte couvre aussi tout l'espace Schengen : quelques nuits en France sur la route du sud sont des jours dépensés, pas des jours économisés.
L'EES est ce qui rend cette arithmétique exacte. Les entrées et sorties dépendaient jusqu'ici d'un tampon qui pouvait être illisible, oublié à un guichet surchargé ou jamais apposé ; l'EES enregistre les deux automatiquement, rattachés à une identité biométrique, si bien que le total est calculé plutôt que reconstitué. Les visiteurs non européens qui pensaient que le comptage restait approximatif peuvent découvrir un total réel plus élevé que prévu.
Que vous soyez affilié au système public espagnol par votre travail, que vous cotisiez au convenio especial ou que vous ayez une couverture privée espagnole, ce droit est le vôtre. Il ne s'étend pas à votre mère installée dans la chambre d'amis, et votre seguro de hogar (assurance habitation) n'y changera rien. Vos proches en visite ont besoin de leur propre assurance voyage pour le séjour, valable pendant toute sa durée.
La CEAM, la carte européenne d'assurance maladie, donne à un visiteur français ou belge l'accès aux soins de santé publics médicalement nécessaires en Espagne, dans les mêmes conditions qu'un résident espagnol, dans un centre de santé ou un hôpital public. Réellement utile. Ce n'est pas pour autant une assurance voyage, et les trous dans la raquette sont précisément les plus coûteux.
Voyez la CEAM comme ce qui réduit la facture dans un hôpital public, et un vrai contrat d'assurance voyage comme ce qui ramène quelqu'un chez lui.
C'est là que les visites tournent réellement mal, bien plus souvent qu'aux frontières. Une assurance voyage pour vos visiteurs est tarifée en fonction du risque déclaré : une pathologie non déclarée permet donc à l'assureur de refuser un sinistre qui s'y rattache — et « s'y rattache » s'interprète plus largement qu'on ne le croit. Une chute après un changement de traitement contre l'hypertension, ou une infection pulmonaire chez une personne dont on connaît la fragilité respiratoire : les deux se rattachent.
Pour un visiteur non européen, le dépassement n'est plus un écart qui passe inaperçu. Il peut signifier un refus d'entrée lors d'un voyage ultérieur, un dépassement inscrit au fichier et des complications pour une future demande d'ETIAS. Être votre parent ne crée aucun droit à rester plus longtemps.
Si une personne non européenne souhaite rester plus de quatre-vingt-dix jours sur cent quatre-vingts, la voie est un visa demandé à l'avance depuis son pays de résidence — une conversation pour une gestoría (cabinet de formalités administratives), pas pour le guichet de la police aux frontières. Le conjoint non européen d'un citoyen de l'Union qui exerce sa libre circulation relève, lui, d'un régime plus favorable. Pour un proche français ou belge, il n'y a pas de dépassement possible, seulement l'enregistrement au-delà de trois mois. Surveillez enfin l'angle assurance : les contrats sont écrits autour d'une durée de séjour maximale, si bien qu'un séjour qui s'étire peut laisser quelqu'un sans couverture alors qu'il est toujours assis dans votre cuisine.
Un citoyen de l'Union qui réside légalement en Espagne est dans une tout autre situation. Vous n'êtes pas en Espagne au titre des règles de court séjour sans visa, et le décompte des quatre-vingt-dix jours ne vous concerne pas. La carte TIE dont parlent les articles écrits pour les Britanniques n'est pas la vôtre : elle est délivrée aux ressortissants de pays tiers. Votre document à vous est le certificado de registro de ciudadano de la Unión, cette petite attestation verte que tout le monde appelle le « NIE vert », à conserver avec votre carte d'identité ou votre passeport. Elle ne remplace pas une pièce d'identité en cours de validité : présentez les deux.
Avant la prochaine réservation de vos proches, envoyez-leur trois consignes : vérifier la validité de la carte d'identité ou du passeport, s'assurer que la durée du séjour reste dans les clous de leur contrat d'assurance, et souscrire l'assurance voyage le jour même où ils paient les billets. Et si vos invités ne sont pas européens, ajoutez-en une quatrième : consulter les sources officielles de l'UE pour connaître l'état de l'ETIAS avant de partir, parce que cette date a déjà bougé.
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